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 Le maître et l'élève

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LoLo
Daimyo
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MessageSujet: Le maître et l'élève   Lun 1 Déc - 23:08

Le katana mordit les chairs très profondément.
Je m'étais toujours demandé comment une simple lame pouvait pénétrer le corps de créatures spectrales, mais nous les combattions depuis plusieurs années, ma main resta ferme et le spectre s'écroula.

Je profitais de ce répit pour regarder autour de moi.
Une guerrière expérimentée affrontant deux adversaires, un Saru inutile, et un jeune bushi qui affrontait un spectre. Au vue de son inexpérience, il aurait bien du mal à s'en débarrasser. Mais il faut toujours s'attendre à des surprises avec un Torayama.
Les années m'avaient appris à analyser une situation avec sang-froid, et si j'avais été nommé Shûno presque par défaut, je me devais d'être à la hauteur.
Et notre situation ne paraissait pas bonne.

Comme si la sorcière avait lu dans mes pensées, ou comme moi anticipé le pire, un long râle se fit entendre, puis plusieurs, et en quelques secondes les collines furent envahies de ses spectres.

Une intuition.
Je chargeais en direction du jeune bushi, mais un spectre m'intercepta, me forçant à l'affronter.
Là encore, je vis juste, puisque tous les autres spectres chargèrent le jeune Torayama. Je me concentrais sur mon adversaire, je devais en finir au plus vite.
L'échange de coups qui suivit fut rapide et violent. J'encaissais une attaque, en plaçait une également, mais le Yurei ne semblait ressentir aucune douleur.

Les créatures de Sakiko entouraient son protégé, et les coups s'abattirent comme la grêle.
Je perdis le contact visuel, et mon cœur se serra à l'idée du jeune homme massacré par les spectres.

Mais l'impensable se produit : le jeune bushi réapparut, indemne.
Les Yurei avaient beau le frapper, rien ne semblait pouvoir l'atteindre. Il fallait s'attendre à tout, avec un Torayama.
Je touchais une nouvelle fois mon ennemi, tout en m'approchant sensiblement de lui.
Lorsqu'il fut à portée de voix, je m'exprimais d'une voix puissante :

Je doute que nous ayons une chance de les vaincre. Montrons-leur combien d'ennemis un Torayama emporte avec lui avant de tomber.

Il me répondit, souriant, et brava les anciens Torayama qui lui faisaient face.
Une nouvelle salve de coups arriva, et le bushi esquiva à nouveau. Ce qui arrivait sous mes yeux était un véritable exploit.
Les légendes oubliaient souvent les évènements qui ne changeaient pas la face du monde, ou qui n'avaient qu'une influence limitée.
Pourtant ce jeune homme était impressionnant de maîtrise, et avait l'inspiration des grands héros des légendes.

Je combattais toujours mon spectre. Je le touchais régulièrement, prenant le dessus, mais tout cela prenait trop de temps. Il me fallait faire vite, le rejoindre dans son combat.
Puis ce qui devait arriver se produisit. Le jeune Torayama subit une blessure, puis une autre, et une troisième.
Il tenait à peine debout, son aplomb impressionnant, mais il trouva encore les ressources pour braver les Yurei :

Quatre anciens Torayama pour me vaincre. Sans aucun doute, Sakiko doit trembler de voir Torayama Shohei tenir tête à ses spectres aussi longtemps !

Shohei...
Voilà un nom qui resterait gravé dans ma mémoire pendant de longues années.

Je subis à mon tour plusieurs coups, et je compris que sans renforts, nous ne reverrions jamais Kyuden Torayama.
Qu'importe. Le rôle de tout samouraï est de mourir pour son clan. Mon regard se porta sur Shohei, déterminé :

Faisons honneur à notre nom, et combattons jusqu'au dernier souffle.

Je frappais alors une nouvelle fois mon spectre, déchirant ses chairs mortes très durement, avant de m'écrier :

TORAYAMA !!

Le jeune bushi frappa à son tour faisant également mouche, reprenant mon cri de guerre :

TORAYAMA !!

Puis le coup final survint, et Shohei s'écroula.
Je raffermis la prise sur la poignée de mon katana, car je devais absolument vaincre.
Ma décision était prise, une décision qui changerait le cours de mon existence. Si ce jeune homme survivait, il deviendrait mon élève.
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LoLo
Daimyo
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MessageSujet: Re: Le maître et l'élève   Mer 3 Déc - 22:22

6 mois étaient passés, et la guerre contre les Yurei nous laissaient très peu de temps pour l'entraînement.
Le journées passés avec mon jeune Kohei étaient trop rares, mais l'arrivée de l'hiver avait temporairement ralenti l'activité des spectres.

Nous nous étions donc rendu au Dojo des Cinq Pics, et Shohei s'entraînait à la technique du Tigre.
Je n'étais pas convaincu d'être un très grand professeur, et si j'étais beaucoup plus expérimenté que mon élève, il avait une certaine finesse dans le maniement du sabre qui laissait présager d'un grand talent.
Mon style était beaucoup plus académique. A la réflexion, je savais que je n'étais pas le plus doué de ma génération, loin de là, mais j'avais une certaine patience qui comblait mon manque de talent.

Le jeune homme effectuait quelques kata, et je corrigeai sa position lorsque cela était nécessaire.
Voyant qu'il avait épuisé ses ressources pour l'instant, je sortis une boite en bois ornée du mon du clan Torayama, et l'invitai à s'assoir.

Tu es trop fatigué pour apprendre quoi que ce soit de plus ce soir. Rejoins moi à cette table, et partageons une partie de Go.

Il ne se réjouit pas de ce moment de calme qu'il aurait pu mettre à profit pour continuer son apprentissage, mais il avait appris avec le temps à se fier à moi.
Je préparai donc le plateau, lui tendant une boîte contenant des pions blanc. Je pris l'autre boite, et lui laissa débuter la partie.

Nous avons joué pendant plusieurs minutes sans échanger la moindre parole.
Il jouait vite, non sans une certaine finesse, mais sans prendre le temps d'analyser chaque coup.
Je jouais lentement, autant pour ne pas faire d'erreur que pour mener sa patience à bout.

Puis, alors que je sentais que son attention se relâchait, je lui adressait la parole sur le ton de la conversation.

Te souviens-tu de ton tout premier affrontement contre les Yurei, sur les collines ?

Il sembla surpris de me voir parler tout en continuant à jouer, et me répondit par l'affirmative.
Je lui fis signe de continuer à jouer, et je jouais moi-même plusieurs coups rapidement afin de le surprendre.

Tu t'étais très bien battu.

Il ne répondit rien, mais je sentais par sa légère rougeur que mes paroles faisaient leur effet. Je jouais un nouveau coup, personne ne semblait prendre l'ascendant.

Nous nous étions tous bien battus.

Je jouais à nouveau, prenant une position visiblement défensive, dans laquelle il plongea.
Je lui adressait un sourire, contenait l'assaut de ses pions blancs, et repris.

J'avais établi notre tactique. Elle me semblait parfaite.
Avec le recul, je crois toujours que c'était la meilleure tactique.


Mes mots restèrent en suspens, et nous continuions à jouer, mais j'avais déjà obtenu l'un de mes objectifs : Shohei était beaucoup plus concentré sur le jeu.
La position défensive de mes pions fut quelque peu modifiée et mon élève ne le manqua pas. Il commença a se positionner de manière à contrer mon avancée.
Je jouais alors dans une autre zone afin de l'en éloigner, et il fit l'erreur que j'attendais. Je pouvais finir, mais la leçon n'était pas terminée.

Nous avions la meilleure stratégie possible, nous avions la force suffisante. Mais nous avons fait une erreur.

Je plaçais alors la dernière pièce noire, fermant complètement ma zone qui ne pouvait plus être prise. La moitié du plateau restait vierge, mais il savait tout comme moi qu'il ne pouvait plus gagner, mathématiquement.

Un pion n'était pas à sa place, et nous avons perdu Jubei-san.

Je le regardais, laissant planer un moment de silence, le laissant prendre conscience que la stratégie et la patience étaient aussi importantes que le talent des combattants.

Ce jeu te semble-t-il toujours aussi inutile ?

Depuis ce jour, nous avons joué au Go aussi souvent que la guerre nous le permettait.
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LoLo
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MessageSujet: Re: Le maître et l'élève   Lun 8 Déc - 21:20

La route impériale, au début du printemps, avait quelque chose d'apaisant.
Après une semaine de combats intensifs sur les collines, nous avions contenu les spectres, et ils semblaient moins virulent que ces dernières années. Probablement le calme avant la tempête.

Le mariage de notre Daimyo avait été rapidement mené, un clan en guerre perpétuelle ne pouvant se permettre trop longtemps ce genre de réjouissance.
J'avais passé l'ensemble de la cérémonie dans un coin du hall, le plus proche possible de l'emplacement laissé vide pour le nom de Miyoko. Un nom qui ne serait jamais inscrit, pour des raisons de convenances.
Mon Daimyo comprenait au moins aussi bien que moi la signification symbolique de ce vide, et je voulais qu'il ait une pensée pour elle en ce jour.

L'Empereur-Phoenix avait alors demandé à notre Daimyo un Yojimbo.
Le choix s'était porté sur moi, et j'avais été autorisé à amener mon élève avec moi.
Nous étions donc sur la route, en compagnie de nombreux samouraïs de différents clans, et même avoir croisé une sorcière Ryushin ne semblait pas pouvoir entamer l'enthousiasme de Shohei.
Nous avions été choisi pour une mission importante et très prestigieuse, et je dois avouer que je partageais le même enthousiasme.

Dans sa grande générosité, Nihon nous avait fourni une armure lourde, nous étions tout deux comme dans une parade.
Il était nécessaire, au milieu de tous ces représentants de différents clans, de montrer la supériorité du clan Torayama. Shohei le faisait avec un certain talent, il avait tout d'un vrai Torayama.
Je rougissais parfois imperceptiblement, jugeant moi-même que j'aurais dû être plus agressif, plus fidèle à l'attitude d'un véritable Torayama. Mais je savais que si j'avais été envoyé aux côtés de Nihon, c'était justement à cause de mon sang-froid, une qualité rare parmi mes frêres de clan.

Après quelques jours de voyage, nous avions déjà atteint les terres du clan Kuma.
A l'horizon, Shiro Kuma se profilait, et mon coeur se serra à la pensée de l'homme qui y régnait.
Je m'étais juré de l'affronter, même si je n'avais guère de chance de vaincre. Mon sens de l'honneur me poussait dans sa direction, et je dus faire un effort de volonté pour me concentrer sur mon rôle de Yojimbo.
Puis petit à petit l'ombre imposante du Shiro s'effaça, et si le sentiment d'inachevé ne me quittait pas, il se faisait moins omniprésent.

En chemin, je tentais d'engager la conversation avec nos compagnons de route sans grand succès.
Aucun clan ne semblait particulièrement apprécier la présence de Torayama, et je ne pouvais pas les en blâmer.
Notre clan a un devoir de perfection dans chacun de ses actes qui nous donne au mieux une réputation d'extrémiste, au pire de danger pour le reste de l'Empire.
Qu'importe, nous faisions notre devoir quel qu'en soit le prix, et cette réputation était le moindre de nos problèmes.

Une nouvelle journée de voyage, et les marais firent leur apparition.
J'avais déjà voyagé jusqu'à Kyuden Kuma, 10 ans auparavant, mais je n'avais pas porté attention à ces marais. Ils étaient alors une terre oubliée, où l'Ombre avait jeté son dévolu.
Mais j'avais participé à la bataille de Kyuden Yachu qui avait permis de reprendre cette forteresse à l'ennemi. J'avais hâte de retrouver ces lieux.

Alors que nous approchions du terme de notre voyage, nos pas nous menèrent au cœur du marais, où un affrontement avait lieu.
Une patrouille de samouraïs portant le mon du clan Yachu combattaient une demi-douzaine de Bakémono. A la vue de ces créatures, des images de la bataille contre l'Ombre me revenaient en mémoire.
Mais mon devoir était la protection de notre Empereur, et je n'esquissais pas un geste.
A mes côtés, je sentais Shohei prêt à bondir, mais il réussit à se contenir. Mon enseignement commençait à porter ses fruits, il savait où était son devoir.

Je fus surpris par ce court affrontement.
J'avais l'habitude du combat contre les Yurei, et j'avais vu Kuma et Yatagarasu combattre à Kyuden Torayama.
Si le courage des samouraïs du clan du Faucon était impressionnant, la plupart étaient en difficulté contre un Bakémono, une créature pourtant assez insignifiante. Seul un samouraï gigantesque surnageait, sa force surhumaine lui permettant d'écraser les ridicules créatures qui finirent par le fuir.
Shohei me fit remarquer la faiblesse de leur aptitude au combat, mais je ne répondit rien. La valeur d'un samouraï se mesure à son honneur, son devoir est de mourir au service de son maître.
Ce jeune clan n'avait rien à envier à aucun autre dans ce domaine.
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LoLo
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MessageSujet: Re: Le maître et l'élève   Jeu 11 Déc - 22:30

La visite était agréable.
Elle aurait presque réussi à faire oublier l'état de siège constant que subissait la forteresse.
Depuis que j'avais participé à la reprise de ce Kyuden, je sentais que quelque chose m'y attirait.
Ce n'était probablement pas étranger à la jeune femme qui accompagnait mes pas alors que nous arrivions dans la rue principale du Kyuden.

Quand je repense à ces instants, un sourire me vient aux lèvres.
Une ancienne ennemie, distante, froide, particulièrement depuis la mort du Daimyo du clan Yachu.
Mais elle est aussi fière, pleine de hargne, et son excellence au combat n'était plus à démontrer.
Elle aurait fait une formidable Torayama.

L'Empereur-Phenix lui-même interrompit un silence dérangeant, nous assignant une mission importante.
Je devais l'escorter jusqu'aux limites des terres du clan Yachu. Je pensais en moi-même qu'elle n'avait guère besoin de ma protection, mais j'avais besoin d'un peu d'action, et je pourrais probablement retrouver Shohei qui était parti en patrouille avec le clan Yachu.
Nous avions donc préparé nos affaires pour un court voyage et étions parti en toute hâte. Nihon semblait préoccupé par les évènements récents dont nous n'avions entendu jusque là que des rumeurs.

Notre marche nous mena encore une fois au cœur des marais, passage obligé afin de quitter les terres du clan Yachu, et nous aperçûmes la patrouille, dirigée par l'imposant Shûno Yachu.
Je ne vis pas Shohei en un premier temps, et je fus pris d'un pressentiment sinistre. Une fois que nous étions arrivés à portée de voix, je le vis enfin.
Il était au sol, baignant dans son sang, et dans celui de son ennemi, tombé lui aussi.
Il ne s'agissait pas d'une créature de la terre des Ombres, ou des marais, mais bel et bien d'un autre samouraï, portant le mon du clan Ryushin.

Ryushin...
J'ai toujours eu ce caractère calme et posé qui est si rare dans mon clan, mais en ce jour, il m'a fallu toute la force de ma volonté pour ne pas me précipiter vers lui, pour ne pas courir vers lui, m'assurer qu'il survivrait.
Je réussis cependant à garder une allure ayant un semblant d'assurance, et je m'agenouillai devant Shohei, n'ayant même pas un regard pour la dépouille de son adversaire.
Il respirait difficilement, chaque inspiration semblait lui arracher une partie de ce qui lui restait de vie, aussi je lui soutint la nuque, mais lui intimait de ne pas parler.
J'avais vu mourir beaucoup de frères contre les Yurei, ou à Kyuden Torayama, et je savais dès que je l'ai vu qu'il n'y avait plus d'espoir.

Je restais avec lui, le réconfortant, l'assurant que nos ancêtres étaient fiers de lui, et qu'il était mort en brave. Que son adversaire n'était plus capable de se relever.
Il inspira encore plusieurs fois, puis il rendit le dernier soupir. En quelques instants, celui en qui j'avais mis tous mes espoirs, qui aurait pu devenir un très grand bushi, s'était éteint.
Je n'eus aucune réaction déplacée, aucune larme ne coula, car la mort est le compagnon d'un Torayama. Il ne doit jamais la redouter, et trop s'attacher à un autre samouraï était une faiblesse.
Je ne voulais montrer aucune faiblesse. Comme l'avait fait Shohei.

Le colosse m'expliqua les circonstances de leurs morts.
Un banal duel entre deux samouraïs défendant leur honneur, comme il en arrive tous les jours.
J'écoutais à peine, car je vis le Ryushin bouger. Il esquissa un geste, et je sentis qu'il lui restait une étincelle de vie.
Mon intuition se confirma, car il se releva, et malgré qu'il soit grièvement blessé, il vivrait.

La colère monta en moi.
Il m'expliqua que Shohei était honorable, qu'il était mort dans un duel respectant toutes les règles sacrées, et que l'insulte était oubliée.
Il se permit d'écorcher le nom du sensei de Shohei, mon nom. Qu'un insignifiant courtisan Ryushin ne sache pas respecter l'étiquette n'aurait pas dû me surprendre, mais cela alimenta ma colère.
En quelques minutes de discussion avec lui, il réussit à insulter le clan Torayama, et mon sang ne fit qu'un tour.

Mon sabre jaillit de son obi en une fraction de seconde, dénotant une certaine maîtrise du Iaijutsu.
Je le brandit dans la direction du Ryushin, le tenant en joue. Je me rappelle encore presque exactement les paroles que je lui ai adressé ce jour-là :

Il suffit !
Le nom de Torayama est synonyme d'honneur. Je ne laisserai personne mettre en doute la parole d'un Torayama sans défendre l'honneur du clan.
Mes frères d'armes sont actuellement dans le nord, affrontant leurs propres ancêtres, une situation qui n'aurait jamais vue le jour sans votre clan.
Je n'ai aucune rancune à ce propos à votre sujet, vous n'êtes pas responsable des actes de vos ancêtres, mais vous devriez faire profil bas.


Ma colère ne descendait pas, venger mon élève était devenu mon unique objectif.
D'une voix plus forte encore, j'ajoutais :

J'exige des excuses au nom du clan Torayama pour avoir remis en doute sa parole.
Je prends à témoin les samouraïs ici présents. Si vos prochaines paroles ne sont pas des excuses honorables, ce seront vos dernières.


Il mit un certain temps à réagir, digérant mes paroles. A plusieurs occasions, j'ai failli lui porter le coup fatal.
Je crois que s'il avait été en forme, si le combat avait été équitable, j'aurais combattu jusqu'à la mort de l'un d'entre nous.
Mais dans la situation actuelle, il se serait plus agi d'une exécution que d'un combat.

Ce qu'il fit me surpris.
Il s'excusa, sauvant ainsi sa vie, du moins temporairement.
Malgré les excuses, mon bras restait tendu, ma main tenant fermement le katana, car le désir de vengeance était encore très puissant en moi.
Je crois qu'abaisser mon arme devant ce Ryushin fut l'un des actes les plus difficile de ma vie de samouraï.
Pourquoi devait-il survivre alors qu'un grand Torayama était mort de sa main ? Mais l'honneur me dictait de le laisser en vie.

Il repartit donc, tandis que de mon côté je menait à bien la mission qui m'avait été donnée par l'Empereur.
En revenant, marchant seul dans les marais, je compris que mon Kohei avait fini par m'enseigner une leçon très importante.

Renoncer à la vengeance au nom de l'honneur était probablement l'un des actes les plus honorable qu'il soit. L'un des plus difficiles également.
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LoLo
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MessageSujet: Re: Le maître et l'élève   Dim 14 Déc - 14:34

Nouveau mariage.
L'ambiance était plus joviale, plus réelle que lors du précédent.
Telle était probablement la différence entre un mariage politique et un mariage sincère. Le clan Yachu se préparait donc à célébrer l'union de son nouveau Daimyo et de sa future Dame.

Dans mon armure lourde, mon visage grave et sans émotion devait largement détoner des autres convives.
Je me tenais un pas derrière mon protégé, et je me concentrai sur lui. Avoir une mission m'aidait à ne pas penser à autre chose, à mes frères qui combattaient dans le nord, à aller détruire le clan Ryushin, ou toute autre idée destructrice qui aurait pu traverser mon esprit.
Ma main étreignait en permanence la poignée de mon sabre, et j'avais déjà remarqué quelques regards étranges qui me parvenaient. Il semblerait que mon air mauvais et la réputation des Torayama ne jouaient pas en ma faveur.
En d'autres temps, j'essayais de lutter contre cet a-priori sur mon clan, mais aujourd'hui, je trouvais cela plus plaisant que gênant.

Nihon m'avait fait part de ses regrets concernant la mort de Shohei, et j'avais apprécié ses paroles.
L'Empereur semblait avoir le même âge que moi, et pourtant il était difficile de ne pas se sentir submergé par son magnétisme et sa sagesse.
D'autres avaient prononcés des paroles réconfortantes, mais en cet instant il m'était difficile de ressentir autre chose que du mépris. Seul le Shûno colossal avait prononcé les bonnes paroles, celles qui louaient l'honneur de mon jeune élève.

Lorsque vint l'instant critique, et que Nihon présenta les coupes aux futurs époux, ma concentration redoubla.
Si quelqu'un devait tenter quelque chose contre notre Seigneur, le moment était bien choisi. Mais je veillais, et le Daimyo et sa Dame purent terminer de boire le saké, lorsque je ressentis quelque chose d'étrange.
Ma tête tournait, je commençais à voir flou, et un simple regard sur les différents samouraïs me confirma qu'ils ressentaient la même chose.

Tout se passa très vite.
Lorsque les ombres des assassins affluèrent dans la salle par une porte de service, une lame vola en direction de Nihon.
Mes réflexes de combat reprirent le dessus, et je détournais le coup tout en repoussant l'assassin.

Mais ils étaient nombreux.
Ils déferlèrent dans la pièce, certains engageant les samouraïs présents afin de les détourner de la protection de l'Empereur, d'autres le chargeant.
Leur cible était évidente, et rapidement Nihon fut entouré d'une demi-douzaine d'assassins, alors que j'étais à quelques mètres de lui, combattant côte à côte de l'imposant Yachu, nos assassins nous empêchant de le défendre.
Je repris mon calme, et je me concentrais sur mon adversaire. Je lui plaçais quelques coups puissants, et il tenait déjà à peine debout.
Je compris que le combat incessant contre les Yurei m'avait rendu fort, très fort, mais je vis également que les Yachu n'étaient pas de taille.

Rapidement, mon katana infligea un nouveau coup à l'assassin, qui s'écroula.
Je chargeais alors les assassins qui attaquaient Nihon, et je parvenais à en éloigner un de lui. Même si les assassins ne pouvaient rien contre moi, l'Empereur, lui, n'était pas un combattant. Il subissait de nombreuses blessures, et malgré les efforts des fusui Yachu pour le maintenir en vie, je compris que nous avions très peu de chances.
Je combattis avec rage le nouvel assassin, lui infligeant de nombreuses blessures, et je vis petit à petit Nihon faiblir sous les coups, impuissant.

Lorsque le dernier coup lui fut porté, il tomba comme au ralenti, et une rage intense m'envahit.
Le Ryushin que je n'avais pas pu tuer, la mort de mon élève, la bataille qui faisait rage au nord...
Toutes ces images m'envahirent, et alors qu'un nouvel assassin trouvait la mort sous mon sabre, je chargeais le groupe qui venait de tuer Nihon et qui tentait de s'enfuir.
Je vis alors les Yachu charger comme un seul homme à mes côtés, et s'ils n'étaient pas très adroits, il faut avouer que leur courage m'impressionna encore une fois.
Nous combattimes avec l'énergie du désespoir, sachant que notre lutte était inutile, qu'il s'agissait de vengeance et non plus de protection. C'est à peine si je remarquais que l'Empereur prononçait ses dernières paroles à l'intention de la nouvelle Dame de clan.

Les assassins tombèrent en masse. Les défenseurs de l'Empire également.
Le nouveau Daimyo, ses officiers, les braves défenseurs des marais étaient presque tous tombés, seul le Shûno Yachu, véritable force de la nature, semblait encore capable de combattre à mes côtés.
Nous parvenions finalement à vaincre les assassins, et je fus heureux de voir que la plupart des fiers combattants se relevèrent de leurs blessures.

Lorsque la furie du combat s'estompa, une vague de désespoir m'envahit. J'avais échoué.
Echoué en tant que Sensei. Echoué en tant que Yojimbo. Quel était le devoir d'un samouraï dont le Seigneur mourrait ?
J'aurais dû mourir à sa place, et voilà que j'étais vivant, et lui non.
Je ne sentais plus mes genoux, et je crus que j'allais tomber à terre, mais là encore, mon conditionnement repris le dessus.
Je restait droit, sans expression, comme un mort qui tiendrait encore debout.

Une pensée fugace, le Seppuku.
C'était là la réponse qu'un véritable samouraï devait apporter à un déshonneur. Et je devais laver mon honneur, afin que la honte ne rejaillisse pas sur mon nom.
Etait-ce la peur, l'envie de vivre, ou autre chose qui m'empêcha de m'ôter la vie ? Je ne saurais le dire. Mais seul mon Daimyo ou mon Empereur avait le droit de vie ou de mort sur moi. Je ne pouvais choisir de faire Seppuku de mon propre fait.

Il m'était cependant impossible de ne pas réagir à ce qui venait de se passer.
Pris d'une intuition soudaine, j'appelais les serviteurs, et ils m'apportèrent un cousin, sur lequel reposait une bande de tissu noire.
Le blanc eut été plus adapté pour un deuil, mais avais-je le droit de porter le deuil de celui que je devais protéger ?
Je me mis en seiza et m'inclina, front au sol, devant la dépouille de l'Empereur. Mon recueillement dura quelques minutes, sans un bruit.
Le coussin fut alors déposé devant le corps de Nihon, et son sang, qui maculait la pièce, s'imprégna alors légèrement dans le tissu.
Je pris une inspiration, puis parla d'une voix claire et puissante :

Je jure devant votre dépouille mortelle de protéger votre Empire de toutes mes forces, en donnant ma vie pour le défendre.
Je n'aurai de repos que lorsque vous vous serez réincarné, et que vous serez à nouveau à la tête de l'Empire.
Je jure de retrouver vos assassins et de les châtier, quel que soit le temps que cela prendra, et ce que cela me coûtera.


Mes mains effleurèrent alors le tissu noir, puis je le pris entre ses mains et observa quelques instants le sang qui s'y imprégnait.
Je leva alors les mains vers mon front, et me ceint du bandeau, le terminant par un nœud habillement réalisé.

A compter de ce jour je porterai ce bandeau noir, habituellement réservé aux condamnés, car ma vie ne reprendra que lorsque ce serment aura été accompli.
Je prends les honorables samouraïs présents dans cette pièce pour témoin de mon engagement. Puisse la voie de l'honneur toujours me guider.


Je me relevai, et regardait les samouraïs présents. Ils semblaient approuver mon geste, et mon regard se porta vers le nord. Il était temps de rentrer.

Je réussis presque à avoir un sourire suite à une pensée fugace.
Bien que je sois beaucoup plus calme que mon Daimyo, ou que certains autres membres de mon clan, la liste de mes ennemis intimes semblait s'allonger sans discontinuer.

Le Daimyo Kuma.
Le clan Ryushin.
Les assassins de l'Empereur.

Personne ne pouvait en douter, le sang Torayama coulait bien dans mes veines.
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LoLo
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MessageSujet: Re: Le maître et l'élève   Ven 19 Déc - 20:51

Retour au pays.
Les jardins zen étaient magnifiques en cette saison. Les cerisiers avaient fleuris, le soleil leur donnait toute la majesté qui convenait à ce moment.
Je déposais l'urne sur un piédestal sculpté représentant un Torayama terrassant son propre fils. Elle n'était pas seule, de nombreuses urnes avaient déjà été placées cotes à cotes.

Le clan Torayama était victorieux.
Mais sur aucun visage ne se lisait l'ivresse de la victoire. Pour vaincre Sakiko No Yurei, de nombreux guerriers avaient donné leur vie.
Notre Karo, Yona, étais tombé avant le dernier assaut. La génération de Shohei n'avait pas connu le moindre survivant. L'un des fils de Takaïchi faisait également partie de l'hécatombe.
Même l'incroyable Seijuro, le plus puissant guerrier de sa génération, ne faisait pas parti de ceux qui étaient rentrés.

Encore une fois, le clan avait été saigné pour l'Empire.
Je n'avais aucun regret. C'était notre mission, et nous nous en étions acquittés. J'aurais souhaité être auprès de mes compagnons lors de cette bataille, peut-être aurions-nous été alors plus nombreux à rentrer.
Mais un samouraï ne se nourrit pas de regret. J'avais fait ce que le devoir et l'honneur me dictait.

Lorsque j'avais fait mon rapport à mon Daimyo, il avait pris la décision de se proclamer Shogun.
Etant donné les alternatives, je ne pouvais lui donner tort, et je savais qu'il ferait un très grand maître pour l'Empire.
Il avait la force de caractère des grands héros de l'Empire, et ne connaissait jamais la moindre hésitation, là où j'étais plus mesuré.
Il lui manquait l'art du compromis, mais j'avais l'intuition que je saurais pallier à ce manque.

Je m'agenouillai devant les urnes, et j'eus une pensée pour chacun d'entre eux.
Ils pouvaient tous être fiers de ce qu'ils avaient accomplis, et s'il n'était pas mort avec eux, Shohei avait largement mérité dans sa courte vie de partager leur dernière demeure.
Je n'avais pas pu accéder à sa volonté d'être brûlé à Kyuden Torayama, mais il aura été incinéré avec le corps de Nihon, un bel honneur.

Je me relevai.
Une page d'Histoire s'était tournée, et je savais que je n'aurais jamais d'autre élève.
Je me dirigeai vers un présentoir, et sans aucune pudeur, j'ôtais mon kimono. Je pris celui qui se trouvait sur le présentoir et l'enfilait.
Au niveau de ses épaules se trouvait les insignes de Karo.
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