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 Mémoires d'un artisan

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Lunch
Samouraï


Nombre de messages : 104
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Date d'inscription : 22/05/2008

MessageSujet: Mémoires d'un artisan   Mar 14 Sep - 1:14

... quelque part, dans les bibliothèques impériales de Kyuden Karasu, de vieilles notes abandonnées voletaient au gré du vent provenant d'une fenêtre mal fermée. Souvenirs lointains d'une époque, parenthèse d'une vie depuis longtemps achevée...





« En écrivant ces quelques mots, en décrivant ma vie d'artisan de l'Empire de Soleil Rouge, mon vécu, mon métier, je dévoile aussi une part de mon intimité. Je dédie avant tout ces quelques pages à mes disciples, puissent-ils accomplir les rêves que n'ai su qu'effleurer. »

Je suis né en 364, au cœur d'un volcan. Tout me prédestinait déjà à travailler à la forge …
Mon père était un affuteur de sabres, comme l'était son père auparavant. Je suis venu au monde avec une lame dans les mains, j'en ai forgé plus que de raison. J'aurais dû transmettre ce savoir à ma descendance, malheureusement, le destin peut parfois s'avérer facétieux : nous ne sommes jamais parvenus à avoir un enfant.

Ma jeunesse était un apprentissage permanent. Ma mère s'occupait de mon éducation, mon père m'inculquait l'art plus que le combat. Je n'ai jamais été un bon guerrier je crois, mais j'ai probablement eu les meilleurs maîtres que n'importe qui d'autre.
Après mon père, Kazuto-sama, daimyo Nezumi, était un exemple pour tous les artisans. Ses confections étaient toujours justes et magnifiques. Puis il y eut Kanjiro-sama, probablement le meilleur de tous.

Pourtant, le chemin que j'ai choisi était différent. Je ne sais à quel moment j'en ai pris conscience … lorsque j'étais enfant, je forgeais sans relâche, sillonnant le chemin d'une lignée. C'est peut-être la mort de mon père qui me fit me questionner sur moi-même, et sur mon art.
Pendant plusieurs années, je me suis perdu. J'ai tout abandonné, j'ai voulu oublier. Mes acquis ont fini par disparaître, je n'étais plus qu'une taupe dans un monde souterrain, à la recherche d'une nouvelle lumière.

C'est ma femme, Iko, qui m'a aidé à surmonter les épreuves de la vie. Je ne sais pas ce que je serais devenu sans elle. Je lui dois tellement.
C'est à mes quarante ans que je me suis finalement repris en main. J'ai de nouveau fréquenté les ateliers. J'ai réappris à aimer la vie, et à défaut de pouvoir engendrer moi même, j'ai voulu donner une âme à chacune de mes œuvres. Je crois y être parvenu.

À chaque fois, je me suis investi, j'ai donné le meilleur de moi-même. Les deux noboris longs de quatre mètres étaient une première étape d'une longue série. Ce devait être un présent pour le mariage du Daimyo Torayama, l'un présentait le mon du clan du Tigre, l'autre celui du Rat. Je revoie encore ces deux mâts fièrement levés, le papier de soie flottant au vent, arborant magnifiquement les symboles de nos deux clans. Le pourtours haut était décoré d'une branches de cerisier fleuri, qui retombait légèrement sur l'un des côtés, puis virevoltaient ensuite quelques pétales jusqu'au bas du nobori. Le tout brodé de fils d'or et de pourpre …
J'ai appris bien plus tard qu'ils n'avaient pas eu la destinée pour laquelle ils avaient été conçus.

À ce moment là, je ne voulais plus forger de sabre. La fougue de ma jeunesse avait disparu. Où étaient passées mes années à honorer la mémoire de mes ancêtres, travaillant méticuleusement le métal, avec une grande minutie et une infinie dextérité ?
À mes débuts, j'étais obnubilé par la beauté du sabre, je perfectionnais ma technique de jour en jour, d'année en année, pour faire de mes lames les plus étincelants des objets. Elles brillaient de mille feux, reflétant la voûte céleste. Je voyais en elles l'universalité des êtres, l'univers entier…
Pour rendre à la lame sa beauté ultime, il faut soi-même en devenir une extension, il faut qu'elle fasse parti de soi, qu'elle soit le prolongement du corps et qu'elle ne fasse qu'un avec son esprit… Je n'en étais plus capable !

Un sabre est un sabre, une arme prédestinée à semer la mort.
Dans un duel, il y a toujours un vainqueur, et un vaincu. Un combat en appelle toujours un autre… Combien d'hommes sont tombés sous les coups de mes œuvres ? J'ai crée des armes destinées à tuer, je les ai affûtées de façon à ce qu'elles soient infaillibles.
N'étais-je pas la pire crapule qui soit ?

J'ai longtemps cru cela. Peut-être que je le pense encore aujourd'hui. Mais durant toutes ces années, j'ai énormément appris de mes expériences de la vie.
L'un des tournants fut probablement le réveil du volcan. L'immense montagne Nezumi, en s'effondrant, m'a profondément changé. J'ai longtemps vécu cet événement comme un drame, j'ai mis beaucoup de temps à m'en remettre.
Nous n'étions qu'une poignée à être sortis vivants de la montagne. Nous avions perdu nos foyers. Nous avions perdu notre clan et à sa tête Kazuto-sama. Nous avions perdu nos familles, nos amis… Il ne nous restait rien. Nous avions cru perdre Kanjiro-sama aussi, lorsqu'il partit seul affronter l'ombre et un horrible dragon survolant le bois des renards… Heureusement, il survécut !

Le clan Karasu est depuis devenu notre seconde famille. Ils nous ont recueilli et nous ont généreusement confié Shiro Banken, fort dans lequel ils ont réaménagé des forges et des ateliers de confection rien que pour nous. Nous nous sommes peu à peu reconstruits… jusqu'à la disparition de Kanjiro-sama.

Nous n'avons jamais su ce qu'il s'était vraiment passé. Il était résolu à se faire sepukku pour avoir eu une altercation avec Fusanori-sama, notre Shôgun, au sujet de la valeur des œuvres que nous créions et du respect de notre travail. Alors qu'il s'était retiré pour les derniers instants, nous n'avons jamais retrouvé son corps. Plus tard, nous apprîmes qu'il était passé de l'autre côté…
Je ne puis croire à un acte intentionnel. Kanjiro-sama a toujours été un homme bon, un samouraï de principes. L'ombre nous l'avait cueilli… Nous avions perdu à nouveau un ami. L'ombre… encore elle !
Cependant, Kanjiro-sama, dans sa disparition, nous a légué une lueur d'espoir : un carnet dans lequel il a consigné ce qui nous permettra peut-être de la vaincre.

La forge d'une lame céleste, tel était son but. Serait-ce la raison pour laquelle il a été enlevé par l'ombre ? Il a entrevu l'arme ultime, mais il n'a pas su la concevoir, laissant à ses successeurs le soin de réaliser son rêve.
J'ai longuement étudié la question. Kanjiro-sama évoquait la pureté du forgeron, pour ma part, j'ai décidé d'utiliser du jade.
La forge d'une lame peut être obtenue par plusieurs techniques. La Kobuse est l'une des plus courantes et des plus simples, mais le résultat ne donne pas des lames très résistantes. Au contraire, la technique Soshu Kitae est la plus complexe. Il est nécessaire d'être un forgeron très expérimenté pour l'employer. Mais le résultat n'en demeurera que meilleur. C'est le chemin que je crois être le bon pour réaliser le sabre céleste, mais il faut pour cela insérer des incrustations de jade dans la lame de façon à la purifier. Une lame en jade seul serait trop cassante.

Je ne sais si je parviendrai à forger cette lame… Je ne veux pas la faire pour quelqu'un qui ne la mérite pas.
Une bonne lame, lorsqu'elle est en communion avec le samouraï qui la manie, ne fait plus qu'un avec lui. On dit alors qu'elle s'éveille, elle prend vie et abreuve son maître de son aura bienfaitrice. Elle s'accorde avec lui. On dit parfois que la lame permet au samouraï de changer, un peu. J'aimerais que le sabre céleste ne parvienne qu'à un samouraï entièrement voué au combat contre l'ombre.

Je suis vieux. J'ai vu mourir des personnes que j'aimais alors que moi, je suis toujours là à fouler cette terre. Mes mains usées n'ont pas su créer autant d'œuvres que je l'aurais souhaité. Je laisse à mes disciples le soin de réaliser mes rêves, et de laisser une preuve intemporelle de leur éphémère passage en ce monde. Preuve qui je l'espère, anéantira l'ombre et redonnera espoir aux hommes.

À mes parents, qui ont fait de moi ce que je suis,
À Iko, mes yeux dans l'obscurité,
À Kazuto-sama, Kanjiro-sama, qui m'ont tout appris,
À Shunbin-sama, pour son accueil et sa confiance,
À Yasu-sama, pour ses visites et son soutien indéfectible,
À Arakaze-san, Kenshin-san… à jamais mes amis.
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