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 Lame d'ébène

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Maiko
Daimyo


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Date d'inscription : 21/02/2008

MessageSujet: Lame d'ébène   Mar 10 Nov - 19:12

Il soufflait un vent frais dans le jardin attenant au dojo, en cette heure de la nuit. Tout était calme.

Le vieil homme en kimono blanc était assis en seiza, à l'entrée du dojo, face au jardin. Le visage borgne, couturé de cicatrices, les épaules larges : un habitué des combats et des champs de bataille.
Face à lui un adolescent. La charpente solide, lui aussi habillé en blanc. Et qui l'observe, silencieux, accroupi à même la terre.
Cela faisait un bon moment que les deux se tenaient ainsi face à face, seuls. Assis en seiza, se recueillant presque. Finalement, le vieil homme ouvrit les yeux et s'adressa à l'enfant.

"Masahiro-san est mort lors de notre dernière grande escarmouche avec les Yugi. Il a combattu courageusement, avant de tomber en combat singulier contre l'un de leurs meilleurs guerriers.
Tu peux être fier de ton père. Son nom rejoint ceux des guerriers de l'Ours tombés afin de défendre l'Empire contre la Horde."

L'adolescent le regarda et hocha la tête , les poings serrés sur ses genoux. Le Sensei marqua un temps de silence. Ses yeux se posèrent sur l'arme qui se trouvait sur ses genoux.

"Il est temps pour toi d'hériter de l'arme de nos ancêtres, Basho-san." Il se saisit du grand No-Dachi, rangé dans son saya. Le jeune homme inclina la tête, présentant les paumes, et recut le grand sabre, un instant surpris par son poids.

"Il est encore trop tôt pour toi pour t'en servir - il reste encore quelques années avant ton gempukku..." ajouta le vieil homme, "mais je ne doute pas que tu fasses honneur à notre lignée le moment venu..."

Basho découvrit partiellement la lame, hors de son fourreau.
Tout comme la poignée, la lame était sombre, un noir d'ébène...
Un reflet irréel la parcourut, à la lumière de la lune.

Si le sabre avait été entretenu avec un soin extrême, des tâches d'un rouge tirant sur le noir étaient cependant visibles sur la lame, par endroit, pour qui regardait bien. Des tâches de sang, vestiges d'anciens combats...
Des kanjis figuraient sur la lame, proche de la garde, illisibles depuis
longtemps. Basho ne savait pas lire, de toutes facons. Il y avait quelque chose d'effrayant dans cette arme, mais le jeune homme n'en avait cure.

"C'est une arme ancienne... notre famille la possédait déjà bien avant la chute de Kyuden Higuma. Veille sur elle comme sur la prunelle de tes yeux...".

Le vieux sensei parut hésiter. "Cependant... Elle incarne, à sa manière, aussi bien la force de la lignée Higuma, que sa soif de sang... Je ne peux t'en dire plus pour ne pas influencer ta route, mais reste vigilant - la puissance a un prix..."
Le jeune homme acquiesca, rengainant la lame. Il posa la tête au sol, en signe de respect profond envers son aîné.

"Moi, Basho-san, fils de Masahiro-san, je fais le serment d'être digne de notre famille et de notre clan, et de manier cette arme en leur nom.
Je prendrai soin de cette lame plus que de ma propre vie, et m'assurerait qu'elle soit transmise à mes descendants."

Le vieil homme sourit, puis lui fit signe de se relever.

"Allons, Basho-kun...
Il est temps maintenant de faire honneur à la mémoire de ton père et de ceux qui sont tombés aujourd'hui , suivant la tradition Kuma..."

Les deux hommes sortirent rejoignirent la rue, et remontèrent en direction du grand hall de clan, d'ou provenaient des chants avinés, des rires...

C'était bien beau, les cérémonies... mais il fallait aussi boire à la mémoire des morts.


Dernière édition par Maiko le Mer 11 Nov - 0:13, édité 1 fois
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Maiko
Daimyo


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MessageSujet: Re: Lame d'ébène   Mar 10 Nov - 22:23

Vingt ans plus tard, Basho reprenait son souffle et ses esprits, péniblement.

Il était devenu une véritable brute, épaules carrées, aux muscles secs et à la stature sans appel. Il était ashigaru higuma. Assis sur une pierre, au milieu de la place du petit village, il regarda à sa gauche. La place était jonchée de corps, partout ou il pouvait regarder. Il regarda à droite : des corps, encore des corps, toujours des corps.

Le village dans son ensemble. Un vrai massacre.

Basho essayait de se souvenir, perdant petit à petit son rictus dément, pour une expression plus normale.

Ah, oui. L'expédition.
Ca faisait plus d'un an déjà qu'il était parti avec un groupe d'ashigarus, afin de vérifier l'état des défenses sur l'ensemble des frontières de l'Empire. Ordre du Shogun - non pas Eo-sama, l'autre, Fusanori-sama. Du sud au nord, ils avaient parcouru un paquet de chemin, jusqu'aux anciennes montagnes Ryushin. D'ailleurs y'avait cette fusui Saru dont il avait oublié le nom, qui les avait accompagnés tout le long, pour rentrer chez elle. Elle parlait beaucoup, on comprenait rien, mais qu'est ce qu'elle était bien roulée !

Son unité n'était pas loin , une heure à peine - Il avait reçu l'ordre de se rendre dans ce petit village, perdu dans les montagnes, sur les anciennes terres Ryushin, pour négocier un approvisionnement.

Et là, quelque chose avait sérieusement merdé. Il ne se souvenait plus du motif de la dispute, de comment tout ca avait éclaté, mais les villageois avaient goûté à la rage higuma, dans la pire de ses formes. Un higuma qui combat ca a toujours du mal a s'arrêter, c'est la malédiction de cette lignée. Mais dans le cas de Basho, c'était encore pire, et là, il avait pété un plomb.

Son sourire disparut complètement. Il haletait toujours, son haori en lambeau, blessé en de multiples endroits. Assis, il s'appuyait sur son grand No-Dachi sombre, lame plantée en terre. La rage était passée. Et puis au moins, il n'entendait plus les voix.

Un mouvement attira son attention. Il vit une main minuscule, qui touchait du bout du doigt la lame sombre de son arme, avec curiosité. Il entendit un babillement. C'était une enfant, presque un bébé - habillée d'un minuscule kimono - pas les hardes habituelles pour du villageois, ca, elle devait venir d'ailleurs. Elle était là, à quatre pattes, couverte de sang mais indemme.

La petite avait les cheveux teints en rouge, suivant une tradition Ryushin.
Au grand étonnement de Basho , elle n'avait pas peur. Pour l'instant, elle était juste très intriguée par son arme, caressant la lame du doigt en arborant une expression plutôt comique, sans faire attention au reste.

Le sourire de Basho réapparut, et s'il y restait une trace de démence, sa folie meurtrière l'avait bel et bien quitté. A la place, y'avait de la culpabilité - un peu...

"Alors, on est courageuse à ce que je vois, hein ?"

D'une main, il souleva la petite de terre, la portant avec soin, et approcha son visage pour mieux la voir. Elle se mit à gazouiller en essayant de lui attraper le nez, qu'il avait plutôt massif. Marrant, ca. Les gens avaient plutôt la trouille, en général, quand il souriait.

"Désolé, p'tiote... J' crois bien que tu as perdu les tiens... à cause de moi, tu n'as plus de nom... "

Une idée bizarre germa dans son cerveau bourrin.

"Qu'à cela ne tienne ! Je vais t'en donner un autre...
Hisae... "Résistance". Vu qu't'as l'air solide et plutôt costaude, ca me semble pas mal. T'en dis quoi ?"

Pour toute réponse, la petite bailla , se lova contre lui, et commenca a s'endormir.

Il haussa un sourcil, et se releva, en boitant, balancant son No-Dachi a l'épaule de son autre main.. "J'suis désolé que tu sois dans la mouise à cause de moi, mais tu sais quoi ? Puisque c'est comme ca.. je vais prendre soin de toi..."

Et les deux reprirent leur route, formant un tableau pour le moins improbable.
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Maiko
Daimyo


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MessageSujet: Re: Lame d'ébène   Mar 20 Avr - 20:55

Les mois passèrent, et finalement l'expédition kuma revint à bon port.

Ce fut Kuma Murata, le maître d'armes du clan, qui accueillit Basho à son arrivée.

'Ah, Basho-kun, ca fait déjà deux ans !
Content de te revoir... Alors, cette tournée des défenses ?'

Basho salua, visiblement content de retrouver son frère de clan.

'Ca va, y'a de quoi tenir', fit Basho, souriant de toutes ses dents, comme a son habitude. 'C'était long. Trop long. Des fois, j'me demande si on a pas voulu m'éloigner un peu. Bref, certains ont émis l'idée de construire un mur pour consolider le tout encore plus. Un jour peut-être...'

Murata plissa les yeux, intrigué. Son interlocuteur, NoDachi fixé dans le dos, avait un truc dans les bras.

Il s'avéra que c'était une gamine, pas bien grande, trois ou quatre ans à peine, qui dormait, à poings fermés. Les cheveux teints en rouge, des traits typiques du nord de l'Empire.

'Euh.... c'est qui ??' fit Murata, intrigué.

'J'te présente ma fille' répondit l'autre

'Ta fille ?? Mais tu n'as pas...."

'Maintenant si. Ma fille. Kuma Hisae-san. Maintenant c'est son nom.
D'ailleurs, faut que j'aille la présenter aux autres...'

Il salua, et tourna les talons, laissant là un Murata médusé.


Dernière édition par Maiko le Mar 20 Avr - 22:49, édité 1 fois
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Maiko
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MessageSujet: Re: Lame d'ébène   Mar 20 Avr - 22:41

Basho reprenait son souffle, une nouvelle fois.
L'odeur ferreuse du sang chaud, et celle de l'acier envahissaient tout.

Ca faisait presque une journée que la patrouille kuma était tombée sur une horde de l'Ombre.
La bataille durait, incertaine, et maintenant la nuit tombait, éclairée par seulement quelques torchères, plantées çà et là par les combattants de l'Ours.
Jusque là les bakemonos étaient tombés, vague après vague, mais les kumas, affaiblis, fatigués, n'étaient plus qu'une poignée, se battant avec l'énergie du désespoir.

Sans se départir de son sourire permanent, l'ashigaru se débarrassa de ce qui restait de son guzoku.
Les morceaux d'armure tombèrent à terre avec fracas. La rage montait, la soif des combats reprenait.
Il regarda à sa gauche. Le p'tit Ko, un gars prometteur, faisait tournoyer son Die Uchi. Fracassant et broyant ceux qui l'encerclaient. Basho put entendre le bruit mou, écœurant, que fit le marteau de guerre en broyant le crâne d'un shikome.
A sa droite, c'était Gosaburo - un gros bourrin celui la, malgré son jeune âge - qui se taillait littéralement un chemin à travers un groupe d'éclaireurs bakemonos, suivi d'une partie des survivants de la troupe d'ashigarus.

Un fracas retentit, suivi d'une atroce odeur de chair brûlée, alors que Masako, la géomancienne, libérait depuis les lignes arrières ses redoutables kidos de feu.

Couvert d'un sang noir et poisseux, Basho sourit encore plus, de toutes ses dents. Un bakemono, en face, gémit.
Puis, brandissant son grand NoDachi à lame sombre comme s'il s'agissait d'un simple katana, le guerrier fonça dans un tas de bakemonos. Le kuma donnait de larges coups de NoDachi, d'une puissance étonnante, taillant au jugé, tranchant sans aucune technique, décapitant sans cesser de rire à gorge déployée, laissant un véritable sillage de mort derrière lui.
Et puis, au bout d'un moment, plus rien. Le samourai se rendit compte qu'il avait traversé les rangs ennemis. Un peu en hauteur, à quelques mètres, un homme, un cavalier vêtu d'une armure d'obsidienne, le toisait. Trop près pour charger, l'homme mit pied à terre, et dégaina un wakizashi noir comme la nuit. La prunelle sombre de ses yeux, la folie et la haine qui émanaient de lui, l'insigne sur la cuirasse... Un officier Yugi, et pas le plus novice. Tant mieux.
L'ashigaru se campa sur ses deux jambes, prêt à faucher d'un coup ample et puissant l'ennemi qui, maintenant, le chargeait... Mais l'autre fut plus rapide. Plongeant au sol, aux pieds de Basho, il évita du même coup la lame du NoDachi. Se redressant sur un genou, il enfonça jusqu'à la garde son sabre court dans le ventre du guerrier.
L'Higuma hoqueta, cracha un semblant de sang, mais baissa les yeux sur son adversaire.
L'autre lui rendit son regard, et imprima une torsion à son wakizashi.
Basho hurla de douleur et le regarda d'un oeil torve.

'Ouais...et en plus tu te mets hors de portée... Pas con.
Mais ca suffira pas. Toi non plus, tu peux pas bouger des masses.'

Le kuma lâcha son arme. Saisit entre ses deux pognes massives le crâne du Yugi. Entreprit de le broyer.
Le samourai corrompu hurla à son tour lorsque Basho, rictus aux lèvres, lui creva les yeux avec ses pouces... Du sang sombre coula à flots entre ses doigts.
Le Yugi lâcha la garde de son arme, parvint à se dégager, à reculer, désormais aveugle.
Basho ramassa son NoDachi... Son adversaire s'était remis debout, titubant.

Il le décapita proprement. La tête de l'officier roula au sol...
... et le temps parut ralentir. Pendant une seconde qui s'étirait, et s'étirait encore, le guerrier ne fit qu'un avec le NoDachi : l'arme s'éveillait.
Se réveillait, plutôt.

En un instant, Basho prit connaissance de toute l'histoire de ce sabre ancien... Il revécut les sanglantes batailles auxquelles participa son père, son grand-père, ses ancêtres, précédents porteurs de cette arme. La chute de Kaneda, la bataille sous la montagne... la chute de Kyuden Higuma... Et bien avant.
Complètement submergé, il comprit alors quelle était la vraie nature du NoDachi.
Tout devint clair. Les cauchemars, qu'il avait depuis des années. Les rumeurs de malédictions.
La Rage Higuma.
Il eut une pensée pour Hisae - sa fille adoptive, son élève, bientôt proche de son gempukku. Des regrets.
Puis sa raison, déjà fortement entamée depuis un bon moment, se brisa en deux comme une simple brindille.

--

Le jour se levait sur le champ de bataille. Les pertes avaient été lourdes, mais après la chute de l'officier Yugi, le cours des combats avaient tourné en faveur des samourais de l'Ours.
Basho était debout, toujours salement blessé, sabre en main. Tournant le dos à ses camarades. Il n'avait pas dit mot.
Un kanji, sur la lame, rougeoyait, seul signe extérieur de l'activation du bankai.
Un des ashigarus survivants s'approcha de lui, hésitant, et lui mit la main sur l'épaule.

'Basho-san ? La bataille est finie... Nous avons gagné...'

L'autre se retourna. Le même rictus, les yeux fous.
Il releva son arme.

'Tu n'entends pas les voix ?
La bataille n'est jamais finie...'

Il frappa.
Huit ashigarus kuma tombèrent avant que Gosaburo ne parvienne à le coucher.

Au sol, mourant, retrouvant un semblant de lucidité, il ricana faiblement, regardant le jeune samourai qui, debout, pointait son katana sur sa gorge... et hésitait.

'Eh... Maudit sabre... Et Hisae...'

Regard torve vers Gosaburo.

'Et bien, t'attends quoi ? Y'a pas d'autres choix... J'ai déjà plus toute ma tête...'

Un coup bref acheva définitivement la bataille, et Basho par la même occasion.
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